samedi 10 décembre 2011

Pour ne pas conclure les Etats Généraux...


Le défi que nous avons lancé, c’est de réunir dans un débat citoyen toutes les personnes au-delà des appartenances qui les caractérisent et les séparent.
Il n’est pas difficile d’organiser une formation professionnelle sur le thème du handicap pour réunir de nombreux professionnels du secteur médico-social entre eux, il n’est pas difficile d’organiser une réunion politique pour faire se succéder des discours parfois éloquents et pleins de promesses adressés aux électeurs en situation de handicap et à leur entourage, il n’est pas difficile de faire un coup médiatique, une opération grand public faisant appel aux bons sentiments.
Ce qui est difficile et qui constitue le défi que nous voulons tenir, c’est de faire se rencontrer et discuter ensemble toutes ces personnes pour se demander avec les premiers intéressés confrontés aux situations de handicap comment lever les obstacles à une société inclusive et permettre l’accès de tous aux libertés et aux droits de tous.
Une telle utopie n’avance pas sur un parterre de fleurs. Elle dérange. Elle dérange tous les conformismes aussi bien des organisations sociales que des organisations mentales. Elle dérange même la paresse qui pourraient nous saisir et nous faire désirer le confort d’une réussite à bon compte avec son lot d’autosatisfaction émolliente plutôt que l’inconfort d’un insatiable désir d’aller plus loin.

A l’issue de la cascade d’événements qui ont formé les Etats Généraux du handicap 2011, on a envie de remercier tout le monde. Chacun voudrait dire « Merci ! » à chacun de ceux qu’il a rencontré, à chacun de ceux qui ont pris leur part, si modeste soit-elle, à la réussite de l’événement, ne fut-ce que par la présence, le sourire, le partage d’une pensée, d’une émotion… On veut dire merci et bravo !
En effet, ces événements furent l’occasion de belles rencontres, d’émotions partagées, de désirs de progresser vers une humanité ouverte et enrichie de toutes les allures de vie, de tous les talents.
Cependant, au-delà de l’évidence de l’expression spontanée bien compréhensible, il faut aussi remarquer que dire « Merci », ce serait reconnaître qu’il y a une dette. Ce serait dire que ceux auxquels s’adresse ce merci ont une créance à faire valoir en vertu de ce qu’ils ont fait. Ils auraient dépensé bénévolement une énergie que d’autres devraient symboliquement payer d’un remerciement. Or, de cela, il n’en est rien ! Les Etats généraux ne sont pas un gala de charité. On n’y sollicite ni apitoiement ni condescendance. Quelqu’un est-il venu à un quelconque moment de ces Etats généraux dans d’autres dispositions d’esprit que d’offrir par sa présence, sa contribution à l’œuvre commune ? Et qu’importe dès lors si ce fut d’un sourire, d’un mot, d’un geste, d’une initiative, d’une manutention, d’un partage de savoir, d’un souci pour l’organisation, d’une œuvre culturelle … que se manifestât cette contribution. Etre présent, c’est déjà en soi, agir pour faire exister notre projet commun. Et si remerciements il devait y avoir, ce titre-là en vaut bien un autre. Que chacun en soit alors remercié ou que tout remerciement se taise pour qu’on s’attelle sans délai à l’immense tâche qui nous attend encore : désinsulariser le handicap par une conversion culturelle absolument nécessaire pour une humanité digne de ce nom.
On pourrait longtemps épiloguer sur les innombrables petits loupés qui ont émaillé ces journées et leur attribuer la cause de nos déceptions lorsqu’il y en eut. Cela n’altérera pas l’émotion, la profondeur des pensées, l’amitié et la joie – osons le terme - qui ont circulé. Au contraire, il faudra se réjouir qu’en dépit de toutes les imperfections organisationnelles et matérielles, tant de belles choses se soient réalisées entre tant de personnes à une toute autre altitude, qui est celle des âmes.
Et s’il faut convenir que nous avons eu des déceptions, si nous déplorons des absences, voire des désertions, il ne faudra pas en attribuer la cause à ces « petits loupés » pour lesquels on se battrait la coulpe à bon compte. Certes, ils ont pu écorner, érafler, le beau projet que nous avions lorsque nous sommes parvenus à sa phase de réalisation, mais ils ne l’ont pas altéré. Ce serait trop simple qu’il ne s’en fallut que de cela de n’avoir pas totalement atteint tous nos objectifs. Il suffirait alors de les réduire dorénavant pour les tailler à la modeste mesure de nos capacités. Nous n’aurions été que des présomptueux qui devraient raisonnablement se résoudre à présent à quelques renoncements. Nous n’en croyons rien !


Disons-le avant tout : ces Etats généraux ont tenu leurs promesses et nous ne regrettons pas une minute que nous y avons consacrée.
En effet, si le public n’est pas venu aussi nombreux que nous souhaiterions pour chacun des événements, la diversité des propositions a pu toucher un grand nombre de personnes selon les formes auxquelles chacune est sensible : art photographique, art graphique, art dramatique, parole forte du témoignage, discours réflexif, discussion, musique, danse et bientôt activité physique, sans compter l’informel où se nouent tant de belles rencontres.
Et si nous aurions souhaité y voir plus de professionnels du secteur médico-social, cela ne souligne qu’un peu plus la valeur de l’engagement professionnel de ceux qui étaient là et leur courage d’oser la rencontre hors les murs institutionnels. Posture d’avant-garde dans laquelle ils ouvrent la voie à leurs collègues peut-être plus pusillanimes.
Et si nous aurions souhaité y voir plus de responsables des politiques publiques et des collectivités territoriales, cela honore ceux qui étaient là et ont accepté d’entendre les attentes légitimes qui se sont exprimées en leur direction. Il ne reste plus qu’à leur dire la responsabilité où nous les tenons de porter ces préoccupations en permanence dans leurs mandats.
Et si nous aurions souhaité y voir plus de citoyens engagés dans les mouvements, associations et syndicats animant la vie sociale, cela fait de ceux qui ont répondu présent des éclaireurs dans leurs milieux respectifs sur lesquels nous voulons pouvoir compter pour aller plus loin dans nos projets.
Et si nous aurions souhaité une couverture médiatique plus importante et plus constante, cela donne du prix à l’attention que portent certains journalistes à l’information qui ne fait pas que du bruit mais également du bien.
Et si nous aurions souhaité une plus grande implication des associations dont la raison d’être est le service des personnes en situation de handicap, cela montre pour celles qui ont joué le jeu du partenariat qu’elles ont à cœur d’interroger en permanence leur projet associatif et ne se satisfont pas d’un ronronnement institutionnel.
Et si nous aurions souhaité même, une plus grande présence et expression des personnes en situation de handicap, cela doit attirer notre attention sur la fatigue et le découragement qui peuvent parfois les saisir d’être si peu et si mal entendues et nous rendre plus solidaire encore avec elles. Cela doit aussi nous réjouir et nous aiguillonner de voir avec quel courage nombreuses sont celles qui n’ont pas renoncé à réclamer un monde plus humain et respectueux de chacun.
Jean Horvais

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